L'histoire du Gin Hendricks : la legende de la rose et du concombre

Pourtant, « The Most unusual Gin » vient juste de célébrer 10 ans d’une histoire qui n’a pas manqué de placer la rose et le concombre au rang des « botaniques » désormais incontournables.
Créé en Ecosse en 1999, le gin Hendrick’s a tout d’abord été lancé Outre-Atlantique, et fort d’un certain succès, implanté sur le marché européen quatre ans plus tard. On raconte que David Stewart, master distiller réputé du groupe familial William Grant & Sons, rendait un jour visite à Janet Sheet Roberts qui se trouve être la doyenne d’Ecosse (elle a passé le cap des 110 ans) et en même temps la petite fille du célèbre distillateur William Grant. David, grand amateur de gin s’il en est, dégustait un sandwich au concombre en sirotant un verre de gin au milieu d’une roseraie – scène évidemment ordinaire de la vie quotidienne britannique…- quand il fut marqué par l’harmonie de ces différentes fragrances qui à ce moment-là venait éveiller ses sens. Notre homme aurait alors eu l’idée de se lancer dans l’élaboration d’un gin à même de faire valoir ces notes de rose et de concombre. Mais en tant que distillateur de scotch whisky, il hésita à associer son nom à une marque de gin et décida finalement de baptiser sa création du nom de Hendrick’s, qui n’est autre que le jardinier de Tante Janie avec lequel il conversait au moment de sa révélation.

Si cette histoire paraît fantastique, elle omet toutefois de préciser que le développement du gin Hendrick’s a nécessité un vrai travail d’équipe et quelques mois de mise au point. Ce sont en fait Lesley Gracie et John Ross, aujourd’hui à la tête de la distillerie Hendrick’s qui sont parvenus à mettre en œuvre la recette si singulière. Ils ont notamment travaillé en collaboration avec le Scotch Whisky Research Institute sur les analyses botaniques ainsi que pour la mise au point de la double distillation artisanale, afin d’élaborer un London Dry gin traditionnel à partir d’huiles essentielles de rose et de concombre, conformément au rêve de David.

Si Tante Janet a immédiatement approuvé l’idée de baptiser le gin Hendrick’s, la marque a également vite fait des envieux parmi les producteurs de gin réputés. Sa bouteille de forme circulaire et évasée, faite à 35 % de verre recyclé, n’est pas sans rappeler les flacons des apothicaires victoriens. Son étiquette en papier blanc et son bouchon en liège participent également de ses références nostalgiques qui réveillent une époque où le gin figurait au rang de spiritueux quasi adoubé par la reine Victoria. A travers cette évocation en total décalage avec les autres marques de gin qui n’ont jamais joué cette carte historique pourtant si chère à la Grande-Bretagne, Hendrick’s s’est positionné sans aucun mal sur le marché des gins super-premium. Aussi, la marque a souhaité s’aventurer encore plus loin dans le façonnage de cet univers si particulier en imaginant un lot de références vintage associées à des recettes de cocktail revisitées et à même de mettre en valeur le parfum si caractéristique de ce gin.

C’est donc avec pour toile de fond un univers peuplé de personnages à l’image d’Oscar Wilde, Jack l’éventreur, Sherlock Holmes ou bien encore rythmé par des mythes comme le film Freaks que Hendrick’s a lancé le principe de soirées costumées organisées dans des endroits très à propos, à moins que ce ne soit pour se retrouver autour de motifs aussi farfelus qu’un tournoi de croquet, une compétition de curling voire une visite du cabinet de curiosité Hendrick’s créé de toute pièce dans une vieux wagon de chemin de fer. Dès lors, un public d’afficionados, adeptes de la moustache lissée et des robes à faux cul s’est pris au jeu de ces raouts hors du commun, repoussant à chaque fois les limites de leur implication pour déambuler tantôt en calèche, en Grand bi quand ce n’est pas à bord d’une Rover des années 50 un brin customisée selon les préceptes de la marque. Dans le même temps, Hendrick’s en a profité pour « réinventer » des objets et des rituels de dégustation en lien avec le spiritueux, n’hésitant pas notamment à le servir, à l’image de ces vieilles Anglaises sirotant un apéro, dans des tasses en porcelaine ornées de motifs « concombresques ». On comprend alors mieux cette appellation de « most unusual gin » dont le concombre et la rose sont devenus des valeurs oniriques et gustatives du spiritueux.

PRODUCTION DU GIN HENDRICK’S

Malgré cette exubérance et la divulgation du secret de ses arômes, Hendrick’s demeure cependant discrètement fabriqué dans une zone isolée au sein de la distillerie de grain Girvan de William Grant & Sons, dans la région de l’Ayrshire, en Ecosse. A l’écart des bâtiments principaux se trouve le Hendrick’s Gin Palace, société à la taille modeste mais au nom pour le moins ronflant. Contrairement au reste de la distillerie, les deux alambics du Hendrick’s fonctionnent sur un mode artisanal, sans le moindre ordinateur, seulement grâce au savoir-faire de John et de Lesley.

Pour la petite histoire, la distillerie se trouve au nord de l’adorable petit port de Girvan, à deux pas du célèbre golf de Turnberry. A quelques encablures de la côte, le rocher d’Ailsa Craig culmine à 388 mètres dans le bras de mer du Firth of Clyde et son sommet est souvent caché par les nuages. D’une circonférence de 3 km, cette île minuscule est une exception géologique où l’on trouve le granite très dur d’Ailsa, utilisé dans la fabrication des pierres de curling.

Ce gin très original est certes aromatisé à la rose et au concombre, mais également à partir de onze autres botaniques somme toute plus classiques : baies de genièvre, racine d’angélique, graines de coriandre, baies de cubèbe, rhizomes d’iris, fleurs de camomille, graines de carvi, fleurs de sureau, reine des prés, écorces d’orange et de citron. Ces botaniques sont distillées dans deux alambics distincts, le Bennett en cuivre, datant des années 1860 et le John Dore Carter-Head datant de 1948, dont Charles Gordon (descendant de la famille de William Grant), fit l’acquisition à une vente aux enchères en 1966 à Londres. L’eau utilisée provient du réservoir de Penwhapple, qui se trouve dans la montagne surplombant la distillerie. L’eau est si pure qu’elle n’est ni purifiée, ni traitée avant d’être versée dans les alambics. Seuls le sable et diverses impuretés sont retirés au moyen d’un filtre.

L’alambic Carter-Head est une invention des frères Carter-Head, anciens apprentis d’Aeneas Coffey, l’inventeur de l’alambic à colonne. Il s’agit d’un alambic chauffé à la vapeur d’eau et non par une flamme directe. Le liquide à distiller transite à travers une colonne équipée de plateaux en cuivre superposés comme des étages d’immeuble. Au sommet de la colonne se trouve un « cooling jacket», qui sert à refroidir la vapeur d’alcool pur. Cependant, les alcools neutres de bonne qualité qui existent aujourd’hui ont rendu superflu cette étape dans la production du gin Hendrick’s. L’alambic Carter-Head fut conçu à l’origine pour rectifier la piètre qualité des alcools de base qu’on trouvait jadis, mais aujourd’hui, la seconde distillation et le contact avec le cuivre permettent d’arrondir et d’adoucir l’alcool.

Hendrick’s Gin est disponible à la maison du whisky (www.whisky.fr) et chez Lavinia (www.lavinia.fr)

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